Parce que le métier de notre rédaction est d'évoquer tous les sujets qui concernent la sécurité des personnes, nous avons décidé de vous parler cette fois-ci de la Suisse et de son réseau de bunkers unique au monde.
Pour parfaire notre article, nous avons eu la chance d'en visiter un (première photo ci-dessous). En cette période où certains politiques "jouent" à nous faire peur avec une guerre potentielle, nous avons trouvé pertinent de lever le voile sur cette incroyable infrastructure que nos voisins Suisses ont construit depuis près de 80 ans.
La Suisse est sans doute le pays le plus avancé au monde en matière de protection civile et de préparation aux crises. Avec un bunker pour chaque habitant, une législation stricte et une tradition de prévoyance, elle offre un modèle unique qui fascine le reste du monde.
Qu’il s’agisse de bunkers privés, militaires ou gouvernementaux, cette infrastructure souterraine témoigne d’une philosophie profondément ancrée dans la culture suisse : mieux vaut être prêt à toute éventualité que de se laisser surprendre par l’adversité.
Bienvenue dans une Suisse souterraine et méconnue.
Un pays préparé à toute éventualité
La Suisse est un cas unique au monde en matière de préparation aux catastrophes et aux conflits. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le pays a mis en place une infrastructure impressionnante de bunkers souterrains, aussi bien pour ses citoyens que pour ses infrastructures stratégiques.
Cette tradition de protection civile s’explique par la position géopolitique de la Suisse, son engagement en faveur de la neutralité et sa volonté de garantir la survie de sa population en cas de menace. Aujourd’hui encore, le pays dispose d’un réseau de bunkers parmi les plus denses et les plus avancés au monde.
Un réseau de bunkers unique au monde
La Suisse est souvent citée comme le seul pays où chaque habitant a une place garantie dans un abri souterrain en cas de conflit ou de catastrophe majeure. Cette politique est le résultat de décennies d’investissement en protection civile, qui ont conduit à la construction de plus de 360 000 bunkers privés et publics à travers le pays. Cela signifie qu’avec une population d’environ 8,7 millions de personnes, la Suisse dispose théoriquement d’un abri pour chaque citoyen.
Le pays a même poussé cette préparation à un niveau extrême : selon la loi suisse, toutes les nouvelles constructions d'immeubles d'habitation doivent prévoir un abri anti-atomique dès lors que la taille du bâtiment le permet. Si cette obligation ne peut pas être respectée, les propriétaires doivent contribuer financièrement à l’entretien d’abris collectifs.
Ces abris sont souvent dissimulés sous des maisons, des immeubles, des écoles, voire sous des églises et des parkings. De plus, les hôpitaux, les administrations et les infrastructures stratégiques (comme les centres de communication ou les centrales électriques) sont dotés de bunkers ultra-sécurisés qui garantissent leur fonctionnement même en temps de crise.
L'origine de cette politique de défense civile
L’engouement suisse pour les bunkers remonte à la Seconde Guerre mondiale, lorsque le pays, bien que neutre, était entouré par les forces de l'Axe. L’idée d’un système de défense basé sur la protection de la population a commencé à se structurer à ce moment-là. Mais c'est surtout pendant la Guerre froide que la Suisse a massivement investi dans la construction de bunkers anti-atomiques, craignant une confrontation nucléaire entre les États-Unis et l’URSS.
À partir des années 1960, la législation a imposé que chaque nouvelle construction résidentielle comprenne un abri. Cette règle, toujours en vigueur aujourd’hui, a permis d’étendre considérablement le réseau de protection civile du pays.
Comment sont équipés ces bunkers ?
Les bunkers suisses ne sont pas de simples caves renforcées. Ils sont conçus pour permettre une autonomie totale pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Chaque abri est généralement équipé des éléments suivants :
Des systèmes de filtration de l’air capables de protéger contre les radiations, les gaz toxiques ou les agents biologiques.
Des réserves de nourriture et d’eau, avec des stocks de longue conservation.
Un système électrique indépendant, souvent couplé à un générateur.
Des toilettes chimiques et des systèmes d’évacuation des déchets.
Des lits superposés et des espaces de vie rudimentaires pour accueillir des familles entières.
Des équipements de communication pour rester informé de l’évolution d’une éventuelle crise extérieure.
Certains bunkers modernes sont même équipés de connexions Internet, de systèmes de vidéosurveillance et de systèmes d’alerte automatisés.
Les bunkers militaires et gouvernementaux
En plus des abris destinés aux civils, la Suisse possède des installations militaires et gouvernementales souterraines ultra-sécurisées. Parmi les plus célèbres :
Le fort souterrain de Sasso San Gottardo, une ancienne base militaire creusée dans la montagne et transformée en musée.
Le réseau d’abris de l’armée suisse, capable d’abriter des troupes, des véhicules blindés et du matériel militaire en cas d’attaque.
Des centres de commandement souterrains, qui permettent aux dirigeants suisses de continuer à gérer le pays même en situation extrême.
La légende veut même que certaines autoroutes suisses aient été conçues pour être transformées en pistes d’atterrissage en cas de guerre !
Une culture de la préparation toujours d’actualité
Même si la menace d’une guerre nucléaire a diminué depuis la fin de la Guerre froide, la culture de la préparation reste ancrée en Suisse. Ces dernières années et notamment récemment avec le conflit en Ukraine, face aux tensions géopolitiques, à la crise énergétique et aux menaces cybernétiques, l’intérêt pour les bunkers a connu un regain d’intérêt.
Le survivalisme y est moins perçu comme un mouvement extrême que dans d’autres pays. En Suisse, être prévoyant et prêt à toute éventualité est considéré comme un simple bon sens. Le gouvernement recommande d’ailleurs aux citoyens d’avoir au moins une semaine de provisions alimentaires et d’eau potable en permanence chez eux.
D’autre part, avec le changement climatique et la multiplication des catastrophes naturelles, certains Suisses commencent à voir les bunkers non plus uniquement comme une protection contre la guerre, mais aussi comme un refuge contre des tempêtes violentes, des inondations ou des pénuries.
Les bunkers de luxe, tendance en pleine expansion
Avec la montée des préoccupations sécuritaires, une nouvelle industrie est en plein essor en Suisse : celle des bunkers de luxe. Certaines entreprises proposent aujourd’hui des abris haut de gamme équipés comme de véritables appartements de standing, avec home cinéma, cave à vin, salle de sport et même piscine souterraine.
Ces bunkers, qui peuvent coûter plusieurs millions de francs suisses, attirent une clientèle fortunée cherchant à se prémunir contre toutes les crises possibles, qu’il s’agisse d’une guerre, d’un krach financier ou d’une pandémie.
Pourquoi la Suisse continue d'investir dans ses bunkers ?
Contrairement à d'autres pays qui ont progressivement abandonné leurs infrastructures de défense civile, la Suisse continue d’entretenir et de moderniser ses abris. Plusieurs raisons expliquent cet engagement :
Un engagement politique fort : la neutralité suisse repose sur une capacité de défense autonome.
Un cadre législatif rigoureux : les lois suisses imposent encore aujourd’hui des normes de construction strictes en matière de protection civile.
Un pays exposé à divers risques : même sans menace militaire directe, la Suisse reste vulnérable à d’autres crises (catastrophes naturelles, cyberattaques, crises économiques).
Un patrimoine national : les bunkers font désormais partie intégrante de l’identité suisse.